"Les Vibrants" 

 

 

Depuis le 9 septembre 2017, la troupe Teknaï a posé ses tréteaux aux Studios des Champs Elysées afin d’y présenter la pièce « Les Vibrants » écrite par Aïda Asgharzadeh. Cette création originale a déjà été auréolée de succès en recevant le Prix du Club de la Presse d’Avignon en 2014 ainsi que le prestigieux label de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

 

L’histoire ? Eugène, un jeune homme aussi beau que fougueux, s’engage pour la guerre en 1914. Il est blessé par un éclat d’obus à Verdun en 1916 et se retrouve défiguré : perte du nez et d’une moitié de sa bouche… Hospitalisé au Val de Grâce où tout miroir est interdit, il doit apprivoiser cette nouvelle vie sans visage, en quête d’une identité à jamais perdue. C’est sous les traits de Cyrano de Bergerac, avec le soutien de la grande Sarah Bernhardt et de Sylvie, son infirmière, qu’il va réapprendre à parler, sourire, vivre, vibrer…

 

Que dire en sortant d’un tel spectacle à part qu’il est beau, dans tous les sens du terme ? Beau déjà par le lieu dans lequel il est représenté. Le Studio des Champs-Elysées est une petite salle de théâtre intimiste dans laquelle on pénètre grâce à un long ascenseur avec un réel cachet. Nous y sommes accueillis par deux placeurs qui nous offrent un accueil hautement pittoresque et une bonne humeur charmante. Tout est fait pour nous faire entrer dans l’univers du théâtre tel qu’on l’aime, celui de gens passionnés au service d’un texte, de personnages et d’une mise en scène.

 

Beau par l’écriture intelligente d’Aïda Asgharzadeh. On se laisse glisser avec joie dans ce voyage dans le temps entre les tranchées de Verdun, l’hôpital du Val de Grâce, la Comédie-Française. On est porté par la mise en lumière de l’histoire des gueules cassées à travers le personnage d’Eugène mais aussi celui du Colonel qui cherche à redonner le goût de vivre à ses troupes, ou ces infirmières qui tâchent de ne montrer aucun affect face à la représentation vivante de l’horreur de la guerre que sont ces hommes… C’est une partie de l’Histoire de France qui revit sous nos yeux, comme pour nous rappeler notre devoir de mémoire. On partage les émotions de ces personnages, on pleure avec eux, on souffre avec eux, on rit parfois avec eux…

 

Beau par l’interprétation sans failles des comédiens (Aïda Asgharzadeh ou Elisabeth Ventura, Benjamin Brenière, Matthieu Hornuss et Amélie Manet). Ils prennent l’espace scénique avec un charisme incroyable, devenant en un clin d’œil un autre personnage par un simple changement de costume (de Marion Rebmann). On notera notamment l’importance des jeux de regards, des gestes, des cris ou parfois même des silences dans cette pièce. Les comédiens sont investis de tout leur corps par leurs rôles. Cette réplique de Sarah Bernhardt dans la pièce leur correspond parfaitement : « Il faut croire pour faire croire, il faut vivre pour faire vivre. » Tout est savamment pensé, préparé, organisé avec un professionnalisme hors pair. Sans jamais voir le véritable visage de Benjamin Brenière qui interprète Eugène, nous arrivons à partager avec lui toutes les émotions de son personnage.

 

Beau par les choix de mise en scène de Quentin Defalt, mêlés à la scénographie de Natacha Le Guen de Kerneizon.  La thématique du masque y est omniprésente, jusque dans les tulles qui habillent la scène. Les comédiens tirent ces voilages, nous offrant une vérité partielle à la manière des masques (réalisés par Chloé Cassagnes), en fonction de l’action comme on lève un rideau au théâtre avec le principe de la mise en abyme. Masque des « gueules cassées » pour cacher les ravages de la guerre, masques de Cyrano pour représenter ce personnage mythique à la manière de la Commedia dell’arte, masques moral des infirmières qui n’ont pas le droit de dévoiler leurs émotions face à leurs patients. Et si, finalement, nous ne portions pas tous un masque ? Cette mise en scène nous fait réfléchir et est appuyée par les lumières de Manuel Desfeux et les musiques de Stéphane Corbin.

 

Tout cela fait des « Vibrants » un spectacle magnifique, original et rythmé. On en ressort abasourdi, sonné comme après un rêve, touché au cœur de notre âme. Loin d’un élitisme parisien, il s’adresse à tous dans un beau langage sans être compliqué ni pompeux, le théâtre tel qu’on voudrait qu’il soit… Cette pièce mérite tous les honneurs. Il est si rare de ressentir autant d’émotions en une soirée. Un véritable coup de cœur à découvrir.  

 

Studio des Champs-Elysées

15, avenue Montaigne

75008 PARIS

 

Jusqu’au 30 décembre 2017

 

http://www.compagnie-teknai.com/les-vibrants

 

Du mardi au dimanche

Tarif unique : 30€

 

Article : Audrey

13/09/2017

audrey@laruedubac.fr