Rencontre avec Céline Naissant

Céline Naissant, auteur sans « e » vegan présente sa première pièce complètement végétalienne au théâtre « Les déchargeurs » à Paris. Elle a accepté de parler avec nous, en toute simplicité et décontraction,  de sa pièce mais aussi de son engagement vegan.

 

Laruedubac : Peux-tu nous parler un peu de "Peau de vaches"?

Céline Naissant :"Peau de Vaches" est l'histoire de 5 créatures qui,  se retrouvant dans une salle d’attente,  se laissent aller à de petites confidences. Le papotage  laisse même place à des secrets enfouis. Au fur et à mesure de cette attente, où la secrétaire au comportement peu chaleureux les malmène, ces belles vont découvrir que ce cabinet cache une autre réalité.

 

Laruedubac :" Première pièce vegan " qu'est-ce que ça veut dire exactement ?

Céline Naissant : Cela veut dire que je traite d'une éthique de vie qui a pour but de ne plus générer d'exploitation d'une espèce sur d'autres. Etre vegan implique de trouver un autre moyen de vivre ensemble dans la compassion et le respect pour tous. Cela fait un peu baba, utopique et pas très "les pieds sur terre" vu comme ça de premier abord alors que c'est une suite logique dans notre humanité. Les hommes et les femmes de tous temps se sont battus pour être reconnus et respectés. Ce n'est pas encore gagné. Heureusement, cela avance, on ne peut pas arrêter ce cheminement qui aujourd'hui englobe en plus des animaux humains, les animaux non humains.

 

Laruedubac : Comment est né ce projet ?

Céline Naissant : En 2012, je suis devenue végétarienne suite à de nombreux rendez-vous de vie manqués parce qu'ils n'avaient jusqu'alors jamais été un déclic pour moi. A ce moment-là, très remontée par la situation d'horreur que nous faisions vivre à des êtres sensibles pour les manger, je me suis lancée dans ma première manifestation où plusieurs assos de la cause animale s'étaient rejointes pour dire non à l'usine des mille vaches en Baie de Somme, qui malheureusement a vu le jour depuis. Ce même jour, une 2eme prise de conscience s'est manifestée à moi. Le lait, les œufs, le miel, la laine, le cuir... étaient aussi source de souffrances. A cette seconde même je suis devenue végétalienne, donc vegan : Je ne mange aucun animal, ni sous-produits animal, ni ne m'habille avec et ne les considèrent pas comme une distraction. A cette époque, je jouais  dans une comédie de Leslie Bévillard au théâtre d'Edgar, tout en écrivant pour des productions de séries télé et web... c'est alors que j'ai compris que l'espace de liberté dont j'avais besoin était possible au théâtre et que je pourrai ainsi exprimer des choses plus personnelles, qui me tiennent à cœur. Etre tout simplement en accord total avec ma façon de vivre et de penser.

 

Laruedubac : Comment s'est passée l'écriture de la pièce ?

Céline Naissant : Lorsque l'évidence de cette écriture est venue, la naissance de "Peau de Vaches" a été très rapide. En 15 jours la pièce était écrite. Je ne dis pas que je n'ai pas retravaillé, encore et encore... Et toujours...

Je dis souvent à mes merveilleuses comédiennes : "vous verrez "Peau de Vaches" 2015 ne sera pas tout à fait la même version en 2016". C'est vraiment le plaisir d'être dans la création. D’être à l'écoute des spectateurs. D'affiner le plus possible. L'histoire reste et restera la même. Il ne s’agit que d'ajustements et ça c'est formidable de vivre cette belle aventure en équipe et avec le public de nos débuts.

 

 

 

 

Laruedubac : Les préjugés sur les végétaliens sont nombreux. En plus de passer une bonne soirée et faire rire (puisque c'est une comédie), quel est le but de cette pièce : faire tomber les préjugés ? Informer ? Ou convaincre de franchir le pas vers le végétalisme ?

Céline Naissant : Le but premier de cette pièce est de semer une graine... C'est en fonction de l'évolution de chacun. Je ne prétends pas bouleverser les mentalités, je fais simplement  ma part.

La pièce se lit à plusieurs degrés. On peut rester très en surface. S'amuser du ton léger, voir potache, de ces histoires de "bonnes-femmes"... Et passer complétement à côté. Je suis sûre qu'un jour ou l'autre, la rencontre avec quelqu'un d'autre sera le facteur déclencheur d'une prise de conscience, le puzzle se construira. Tout ce que je raconte dans la pièce est vrai, même s'il y a bien évidemment quelques licences poétiques... Ce  n'est jamais sans fond, même si cela peut paraître qu'une " simple comédie". Ceux qui le pensent n'ont pas encore la clé qui les amène à traverser cette illusion. D'ailleurs c'est pour cela que j'ai réalisé un livret - dont 20% des recettes reviennent à l'asso L214/ Ethique et animaux - pour offrir la possibilité de comprendre ce qui semble être des sous-entendus. Pourtant, mine de rien, la pièce est truffée d'informations sur la vie de ces "créatures".

Laruedubac : Je me souviens de notre première rencontre au Salon du livre. A l'époque, tu ressemblais à une auteure toute timide, derrière ta table. Tu y présentais ton livre "Mes secrets de beauté au naturel"  mais, tu n'étais pas encore vegan. On s'est revue bien entendu. A force de te connaître, je te trouvais moins timide mais, je dois t'avouer que je ne t'ai jamais vu aussi heureuse et épanouie que depuis que tu as pris la décision de devenir végétalienne.  Les apparences sont peut-être trompeuses mais, je n'espère pas.  En quoi le végétalisme a-t-il changé ta vie ?

Céline Naissant : Houlà, ça remonte en 2010...! Toujours aussi timide, je me soigne...Le végétalisme apporte de la joie, vraiment une très grande joie!

Plus de culpabilité (même si très enfouie) de faire tuer pour manger, pour s'habiller, pour se divertir. Je ne mets plus dans mon corps de la mort, de l'angoisse, de l'agressivité. Déjà, si l'on croit aux vibrations, ça joue beaucoup. Je peux câliner mes chattes et ma chienne où tous autres animaux sans que l'un de leur espèce ne finissent dans mon assiette, en bottes ou sac à mains, en porte-clés. Je sais que pour certains ça fait "ravie de la crèche". Ancienne grande "carnassière", j'étais moi aussi dans tous ces à-priori : "Les vegans portent des sholls, mangent des graines, portent des pulls "gris/brun/beige" et semblent  malades avec leur teint blanchâtre".  Faux, archi faux! Je porte des talons hauts, je mets du rouge à lèvres, je danse, je ris, mange, vis, aime.

 

Laruedubac : Si tu devais dire quelque chose aux personnes qui souhaitent franchir le pas et n'ose pas, ça serait quoi ?

 

Céline Naissant : L'avis des autres est un film qu'ils se font sur vous. Alors, soit on essaye d'avoir le rôle que l'on vous donne, soit on s'autorise à être et faire ce que l'on désire au plus profond de soi. Etre authentique, ça fait moins de rides sur le front. Et plus tu es en accord avec ton être profond et plus tu rencontres les gens qui vibrent comme toi. Magie totale, la marraine de la pièce que je qualifie de fée, tant par sa présence, son écoute et sa bienveillance, Madame Lolita Lempicka, vegan elle aussi, a pris en mains les costumes et nous a offert d'habiller les comédiennes de sa griffe. Ça devient facile, plus on est en accord avec soi plus la vie s'ouvre à toi. Tu trouves des personnes avec qui tu parles une même langue, tu es en "famille". Cela ne veut pas dire bouder les autres, cela veut simplement dire ne pas  avoir à se justifier de tout, tout le temps et de ne pas tout prendre sur et pour soi. Car si l'autre se marre, se moque, cela devient son problème. Depuis des années le végétarisme pousse et croît, il est donc de plus en plus facile de se nourrir veg, de sortir veg, de vivre veg. C'est simple. Il suffit juste de faire le premier pas, c'est comme pour tout. C’est l'impulse qui compte après il suffit d'avancer.

Laruedubac : Pour revenir à la pièce,  es-tu satisfaite de l'accueil du public parisien ?

Céline Naissant : Les retours que nous avons eus après les représentations ou par exemple sur le site billetreduc sont plutôt très encourageants. A ce jour, sur 23 critiques sur ce site, 2 personnes n'ont pas apprécié.

1- On ne peut pas plaire à tout le monde et tant mieux, il y a de la place pour l'expression de chacun. 

2- Parfois lorsqu'on ne veut pas ouvrir son cœur, on préfère jeter sur l'autre sa propre colère.

Certaines personnes sont venues me voir à la fin et c'est toujours très agréable et parfois surprenant de les entendre parler de la pièce. Génial même, car d'autres réalisent après le spectacle le disfonctionnement dans lequel nous sommes tombés. Certaines mêmes perçoivent des choses que je n'avais même pas vu ou voulu.

 

 

Laruedubac : Prends-tu le temps de savourer le succès rencontré par la pièce ou penses-tu déjà à la prochaine étape ?

Céline Naissant : Houlà succès, doux mot à mes oreilles. Que le ciel t'entende! Pour l'instant je dirai bon accueil et c'est, pour une première marche dans cette aventure, très agréable de commencer avec un public qui grandit à nos côtés. Il est temps de faire connaître la pièce, et je te remercie d'ailleurs de me donner cette opportunité.

Bien évidemment que le bouche à oreilles continu  pour que "Peau de Vaches" puisse aller dans d'autres lieux partout en France. Même si aujourd'hui je ne pense et ne vis que "Peau de Vaches" et cela pour longtemps, je le sens... j'avoue commencer à réfléchir à d'autres projets.

 

Pour applaudir la pièce :

 

Théâtre Les Déchargeurs -

 

 

3, rue des Déchargeurs

 

RDC Fond Cour

 

75001 Paris

 

Métro : Châtelet

 

 

Durée : 1 heure Prix : de 10 à 26 euros.

 

 

Tous les lundis à 21h30 du 27 avril au 3 août 2015

 

 

Musique : Stéphanie Valentin

 

 

Chorégraphie : Sabine Petit

 

 

Comédiennes : Sofia Atman, Aude Magnier, Stéphanie Joannès, Christina Koubbi.

 

En alternance : Maryvonne Beaune/Marine Martin-Ehlinger, Sofia Atman/Houdia Ponty

 

Propos recueillis par : Aurélie

Photos : © Mary Papo ou Dakota Langlois

30/05/2015