Le sextoy à la St Valentin, on ose ou n’ose pas ?

Avec un marché en constante évolution, le sextoy est-il un cadeau idéal à faire (ou à se faire) pour la Saint Valentin ? Nous sommes allés à la rencontre de Patrick Pruvot,  fondateur des boutiques Passage du Désir du site internet du même nom. Ses 7 lovestores (4 à Paris, 1 à Marseille, 1 à Lille et 1 à Nantes) ainsi que le site ont un but bien précis : permettre au couple de s’épanouir et de durer.

 

Laruedubac : Comment expliquez l’engouement des gens pour les SexToys ?

Patrick Pruvot : Notre société place bien sûr l’épanouissement personnel au centre des préoccupations humaines et le bien-être sexuel en fait partie. C’est peut-être une des raisons qui explique que l’on s’intéresse de plus en plus à cet univers. Ceci dit, l’engouement pour les sextoys est peut-être davantage présent dans la presse que dans les faits : nous avons lancé une enquête BVA récemment afin de briser les on-dit sur la sexualité des français et elle révèle que seulement 14% des français ont des sextoys. Nous sommes à égalité avec la Pologne parmi ceux qui en utilisent le moins.

Laruedubac : Il y a un grand manque d’éducation émotionnelle dans notre société. Les gens agissent souvent en fonction de code, d’attentes, d’idéaux, ils se précipitent dans des cases sans trop penser. La démocratisation de la sexualité et la démocratisation des sextoys ne sont-ils  pas mauvais pour, notamment, les jeunes générations qui peuvent être amené à penser que le sexe est plus intéressant avec ses objets et ne pas pouvoir s’en passer ? Et qui pourrait être amené à confondre encore plus facilement amour et sexe et oublier que l’on peut avoir l’un sans l’autre ?

Patrick Pruvot : Par essence et de tous temps, les jeunes sont plus ouverts et à la recherche de nouvelles expériences. Ils ont accès désormais à un amas d’information non filtrée sur internet. Néanmoins faut-il blâmer l’instrument ou l’usage qui en est fait ? Nous avons à cœur le développement durable du couple et ce que nos clients apprécient le plus c’est la dimension de conseil de nos Lovestores. Nous nous sommes entourés dès le début d’un comité d’éthique afin de pouvoir répondre aux questions et d’ailleurs les seuls livres que nous proposons sont des livres pédagogiques et ludiques, il s’agit de ceux de la Collection Osez qui abordent la thématiques liées à la sexualité de façon légère et précise, un ton qui nous correspond bien !

Laruedubac : Le sextoy peut-il vraiment ranimer une flamme entre un couple ? Est-ce une flamme éternelle ou bien est-elle vouée à s’éteindre tout de même ?

Patrick Pruvot : Chaque couple est différent et chaque situation est unique, bien malin est celui qui peut prédire l’évolution d’une histoire d’amour. Au Passage du Désir les sextoys ne sont pas une fin en soi. Ils permettent de pimenter la vie intime mais ils représentent une option parmi d’autres comme les cosmétiques (huiles de massage, bougie de massage, etc) ou les jeux de société. L’objectif de tout cela est avant tout d’ouvrir le dialogue et d’entretenir l’envie de s’amuser et de surprendre l’autre.

Laruedubac : Sans parler du couple, mais juste de l’objet en soi. Le Sex Toy semble très axé sur le plaisir féminin, voir le plaisir masculin homosexuel. Qu’en est-il du plaisir masculin hétérosexuel ?

Patrick Pruvot : Paradoxalement le plaisir masculin est tabou et caricaturé comme étant réservé aux hommes seuls ou « pervers ». Heureusement la révolution des sextoys qui a eu lieu il y a une quinzaine d’année chez les femmes avec l’arrivée de produits plus fun et glamour – et parfois aussi plus ergonomiques -  arrive depuis quelques temps chez les hommes grâce notamment à des fabricants japonais ou allemands qui proposent des formes plus originales et design comme des œufs pour la masturbation. L’intérêt de se connaître, d’apprendre à contrôler son périnée arrive petit à petit dans les mentalités car les hommes comprennent que cela leur permet d’avoir plus de plaisir et d’en apporter plus à leur partenaire également.

Laruedubac : Comment choisissez-vous les produits que vous vendez ?

Patrick Pruvot : Nous parcourons les salons spécialisés et puis aussi avec la notoriété de nos Lovestores, nous avons remarqué qu’un nombre croissant de marques ou inventeurs nous contactent directement pour nous proposer leurs produits. Néanmoins, nous effectuons un tri systématique pour proposer des matières premières fiables et de qualité. C’est ça aussi le développement durable du couple !

Laruedubac : Quels sont vos best sellers ?

Patrick Pruvot : Tout ce qui est interactif ! Cela a notamment été favorisé par le développement de la technologie dans ce secteur. Les œufs vibrants télécommandés par exemple ont beaucoup de succès !

Laruedubac : Savez-vous plus ou moins l’âge et le sexe de vos clients ?

Patrick Pruvot : Au niveau des genres c’est assez équilibré, 55% de femmes pour 45% d’hommes. Et bien que des personnes de tous les âges poussent la porte de nos Lovestores, la génération des 25-40 ans est celle qui est le plus représentée.

Laruedubac : On a le sentiment que le sextoy était avant un produit de plaisir solitaire, hors, il semblerait qu’il devient un produit de plaisir partagés. Est-ce vraiment le cas ?

Patrick Pruvot : C’est une tendance que nous avons également remarqué. Comme je le disais plus haut, parmi nos bestsellers nous remarquons une forte part d’objets interactifs. Ce qui montre bien que ce n’est plus un plaisir solitaire mais que c’est une exploration du couple.

Laruedubac : On a le sentiment que le SexToy est un produit assez nouveau puisque sa démocratisation est assez récente mais, il existe depuis la nuit des temps. Que pensez-vous de son évolution au travers des siècles ?

Patrick Pruvot : Je dirai heureusement que certaines périodes sombres de son histoire sont désormais révolues ! Il me semble que sa démocratisation est aussi due en grande partie aux progrès de la technologie des dernières décennies. Nous collaborons par exemple  avec ceux qui ont rendu le sextoy cool en lui donnant des formes ergonomiques ou fun comme le célèbre canard. Nous travaillons aussi avec des marques qui allient haute technologie et design de pointe en inventant des sextoys interactifs pour les couples en relation longue distance

Laruedubac : Quand vous avez ouvert votre premier Lovestore, pensiez-vous que 6 suivraient ?

Patrick Pruvot : Nous n’imaginions pas il est vrai un tel engouement ! L’ouverture d’un Lovestore dans un centre commercial à Marseille ou encore le développement de notre réseau de vente à domicile avec les ambassadrices de la Loveforce nous stimulent, d’autant plus que les projets ne manquent pas dans un univers aussi ludique. Nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin !

Laruedubac : Qu’est-ce qui vous a motivé à ouvrir votre premier Lovestore ?

Patrick Pruvot : J’ai constaté, parfois à mes propres frais, que la pérennité du couple n’allait pas de soi en ce 21ème siècle. Passage du Désir a été lancé sur la conviction qu'il fallait suggérer – pratiquement clef en main - des idées pour pimenter sa vie intime dans un esprit sain, ludique et décomplexé, et rendre certains produits dits "coquins" accessibles et recommandables à tous, de 18 à 80 ans.

Laruedubac : Merci du temps que vous nous avez accordé

Propos recueillis par Aurélie

Photo : Passage du Désir

08/02/2016