"Le Porteur d’histoire"

 

 

Le Porteur d’histoire, la pièce de théâtre d’Alexis Michalik auréolée de deux Molière en 2014 (Meilleur auteur, Meilleur metteur en scène), vient de paraître en bande dessinée grâce au talent de Christophe Gaultier (qui avait déjà adapté le roman de Daniel Defoe Robinson Crusoé). Nous ne pouvions pas manquer l’événement.

 

En effet, quoi de plus original que de mettre en image un récit aussi atypique que celui du Porteur d’histoire ? Le pari était osé puisque l’écriture même de la pièce nous transporte non seulement dans plusieurs lieux mais aussi à plusieurs époques. L’idée de le faire en bande dessinée permet au lecteur n’ayant pas vu le spectacle de ne pas en perdre le fil conducteur et donc de suivre, avec délices, les divers voyages de ce narrateur pas comme les autres. Au fil des pages, on passe de l’année 2001 à 1988 pour arriver au XIVème ou au XIXème siècle. On croise également des artistes extraordinaires comme Alexandre Dumas ou Eugène Delacroix bien avant qu’ils ne connaissent le succès avec leurs oeuvres.

 

La narration est ainsi faite qu’elle ne suit pas une chronologie pure et simple. Bien au contraire, grâce à la technique des récits enchâssés et aux divers arrêts constants de l’intrigue, Alexis Michalik nous happe, joue sur notre curiosité et sur le principe même du feuilleton, cher à Alexandre Dumas justement. En effet, le lecteur veut savoir la suite et se retrouve un peu à la place d’Alia et Jeanne Ben Mahmoud, les deux personnages féminins de la pièce, qui posent au narrateur les questions que l’on souhaiterait lui poser. On se laisse porter par la personnalité étrange de ce personnage principal, Martin Martin, dont on ne sait pas, du début à la fin, s’il dit la vérité ou s’il invente ses histoires.

 

Mais est-ce réellement important ? Doit-on tout comprendre et tout vérifier lorsque l’on nous donne un récit ? La force du Porteur d’histoire est justement qu’il nous emmène ailleurs. A la lecture de la BD, on en oublie le temps et l’espace où nous sommes. On se laisse transporter, comme les personnages à la fin du livre, juste pour le plaisir de savoir ce qui va arriver. Des fils se mêlent et s’entremêlent, faisant appel à des références historiques, littéraires ou culturelles. C’est comme si l’auteur jouait avec le lecteur afin de mieux nous embobiner. Et on en redemande !

 

Les planches reflètent parfaitement les différents lieux ou époques traversés. On se promène de l’Algérie à Marseille, de Villers-Cotterêts en 1822 à Avignon en 1348. Les dessins sont dépouillés, les émotions des personnages transparaissent, les ambiances tantôt froides et désertiques, tantôt riches et somptueuses se ressentent. On y perd peut-être alors un peu l’émotion incomparable créée par la pièce de théâtre avec ses changements express de costumes, la puissance des acteurs et le concours de notre imagination.

 

Cependant, cette adaptation est réussie puisqu’elle reprend de nombreux passages du texte de base et qu’elle en respecte l’état d’esprit. On plonge dans cette BD comme dans un livre à suspense et cela donne envie de voir ou revoir cette pièce de théâtre. Pour les amoureux des livres et des histoires, Le Porteur d’histoire est un bel objet à avoir dans sa bibliothèque.

 

Christophe Gaultier, Alexis Michalik, Le Porteur d’histoire,

Les Arènes BD (21, 90 €)

ISBN : 978-2-35204-563-2

 

Article : Audrey

18/11/2016

audrey@laruedubac.fr