Interview de Laurent Bàn

Interview, Paris, Laurent Bàn

Une fois n’est pas coutume, nous avons eu la chance de rencontrer Laurent Bàn, l’un des champions français de la comédie musicale toute catégorie que nous avons pu apprécier dans plusieurs spectacles comme « Priscilla folle du désert », « Chance » et bien d’autres encore. Avant son départ pour la Chine, il a accepté de répondre sans fard à quelques questions.

 

1. Après deux ans à jouer "Priscilla folle du désert", quel bilan peux-tu dresser sur cette expérience ?

L’expérience que j’en tire se situe au niveau du challenge accompli. Interpréter une drag queen avec ses failles, sa sensibilité à fleur de peau, ses joies, ses peines et surtout ses peurs constitue un emploi à contre-courant pour moi. Je suis fier du spectacle, fier de la réception du spectacle par la critique et le public pour une fois en accord. Je suis heureux et fier de mes compagnons de troupe,  sans oublier la rencontre évidemment avec un très grand producteur Coco Cheyenne, l’un des derniers producteurs qui fasse passer le cœur avant le porte-monnaie.

 

2. Tu as repris le rôle du coursier dans le spectacle «  Chance » cet été, rôle que tu avais créé. Comment t’es-tu retrouvé à nouveau dans cette aventure ? Et quelles sensations éprouves-tu à retrouver ce personnage ?

« Chance » est pour moi, comme pour tout ceux qui en ont fait partie, un spectacle à part. Il représente, dans son essence même, ce pourquoi nous faisons ce métier : une écriture ciselé, des émotions sincères et de l’absurde, une formule acoustique qui fait corps avec le public, et une vraie bonne humeur non feinte. On ne peut qu’aimer ce spectacle et aimer ses partenaires de scène.  J’ai pour la première fois interprété le coursier en 2004 au Lucernaire puis plusieurs fois les années suivantes dans différents théâtres parisiens et en tournée. Pourtant ça faisait dix ans que je n’avais pas remis le mini short du coursier ! Impossible de décrire l’euphorie de retrouver ce rôle sous la houlette du très talentueux Hervé Devoldere au théâtre La Bruyère qui a su faire revivre la légende.

 

3. Tu chantes régulièrement en Asie où tu es une référence. Quel souvenir gardes-tu de ton dernier séjour où l’accueil a été particulièrement impressionnant ?

Mes deux dernières expériences furent un concert solo en Chine devant 2000 personnes dans un magnifique théâtre à Shanghai, et une série de concerts au Japon où la chaleur de l’accueil n’a eu d’égale que la gentillesse avec laquelle le public japonais vous comble. L’Asie offre de magnifiques opportunités pour un artiste français, et j’y passe presque 5 mois chaque année.

 

4. Tu viens de sortir un très beau deuxième album intitulé «  Prima » que tu as présenté au Nez Rouge pour un premier concert solo. Toi qui es habitué à interpréter des personnages, comment t’es-tu senti face à un public venu voir  et entendre Laurent Bàn ?

Cette fois, pas de seconde peau, pas de faux-semblants, pas de personnage derrière lequel on se planque... Cette fois, c’est une mise à nu face à celui à qui l’on raconte sa propre existence... C’est là qu’on apprend à se confier avec justesse, à équilibrer la dose de pudeur et de révélations. C’est également là que l’on comprend si l’on a vraiment quelque chose à dire. Apparemment, le public a eu envie d’écouter mes créations, curieux de découvrir ce que j’avais à proposer... C’est plutôt encourageant.

 

5. Ton album est composé de titres originaux et de reprises (d’extraits de comédies musicales ou des grandes chansons du répertoire comme «  La chanson des vieux amant » » ou des titres plus rock comme  « Creep »). Comment as-tu choisi ces covers ?

Par amour ! J’aime ces titres et j’avais envie de les faire passer par mon prisme pour en proposer une nouvelle mouture en accord avec les compositions de l’album. Trouver une homogénéité entre toutes ces inspirations diverses en les filtrant par mon biais... On obtient de nouvelles versions qu’on appréciera ou pas...

 

6. Peux-tu nous parler du clip de "Dangerous" qui sort très bientôt ? Comment et où a-t-il été réalisé ?

L’équipe du clip est énorme, plus  50 personnes sont intervenues sur le projet. J’ai confié la réalisation à Sylvain Guitz qui a su s’entourer d’une belle équipe, j’ai fait appel à bon nombre d’amis et de partenaires de scène en les transformant au gré du récit que je voulais conter. Le titre est un cover de David Guetta complètement réarrangé, passé par le filtre du duo Laurent Ban/ Christophe Houssin dans une ambiance qui se situe dans un Moyen-Orient occidental. Un parfait oxymore ! L’action se situe vers l’an 1100 à l’époque où l’Espagne était encore sous l’emprise des invasions arabes. Une terre de légendes, un magnifique royaume, le califat de Cordoue. J’y interprète un voyageur qui découvre les restes d’une civilisation en déclin et qui part à la rencontre d’une sublime reine de Saba interprétée par Stacey King ! Carmen Arbues Miro, Gauthier Magnette, Mélanie Chastaing, Claude Cormier et d’autres nombreux artistes talentueux qui ont participé à ce projet ont permis d’obtenir un résultat époustouflant à l’image. J’ai écrit le scénario, dessiné le story board, choisi mon casting, je voulais tourner entre la France et l’Espagne... J’avais en tête de nombreux plans studios et extérieurs, des tableaux du Caravage et de Vermeer, mais les accords que j’ai trouvés avec cette belle équipe ont permis de sublimer le projet grâce à tous leurs talents respectifs... Le résultat va beaucoup plus loin que mes attentes et je suis triste de n’utiliser que 5mn des innombrables heures de tournages.

 

7. Tu te livres beaucoup dans tes compositions, dévoilant des parts très personnelles de ta vie.  Cela se ressent dans l’interprétation et dans les textes. La musique a-t-elle été une échappatoire pour toi ?

L’art fut une échappatoire à la réalité absurde et sordide que j’ai connue dans mon enfance... D’abord par le dessin et la peinture puis par la scène. Je suis un touche à tout, curieux et épicurien, j’essaye tout, je m’intéresse à tout d’une curiosité sans borne, j’essaye d’apprendre des langues, des techniques, des disciplines comme l’escrime, les claquettes ou l’art de la démarche sensuelle avec des talons aiguilles de 15cm... L’écriture et la composition font logiquement partie des prismes au travers desquelles je tente de communiquer et de me dévoiler (en partie pour l’instant, la route est encore longue...)

 

8. Parmi tous les spectacles auxquels tu as participé, y en a-t-il un qui a ta préférence ? Et pourquoi ?

« Notre Dame de Paris » et « Le fantôme de L’Opéra » car ils furent et resteront les deux premiers buts que je m’étais fixés d’atteindre à l’adolescence. Une fois ces challenges relevés, tout le reste ne fut que du bonus. Au vu du peu de reconnaissance dans ce métier, que ce soit public ou même de ses pairs, j’ai choisi l’épanouissement personnel et la fierté de l’accomplissement par la réalisation de challenges complexes.

 

9. Tu vas régulièrement voir des spectacles musicaux. Quels ont été tes récents coups de cœur ?

J’ai beaucoup apprécié « Holala », je ne m’attendais pas à autant d’originalité dans certains tableaux, également « Comédiens » à La Huchette par la performance de mes amis Fabian et Cyril. Et grosse claque également à Tokyo où je viens de voir « Jersey Boys » par une brochette d’artistes époustouflants !

 

10. Quelle serait ton envie musicale ou théâtrale la plus folle ?

Interpréter un serial killer, sûr fond de poésie et d’absurde. Ou aller encore plus loin dans un rôle comme celui de Dick/Felicia... pour mettre à nue les failles les plus enfouies...

 

11. Quels sont tes projets ?

Je pars 4 mois en Chine populaire pour « Mozart L’Opera rock » dans le rôle de Salieri et des concerts solo. Je retourne également au Japon pour une série de concerts en 2019. Sans doute un petit Come back dans « Chance » au Lucernaire dans le rôle du Coursier et la préparation d’une 4ème album pour l’Asie. Je suis également aux manettes du second clip sur l’album Prima... Pour le reste au niveau professionnel, cela reste confidentiel ... Du côté personnel, mon projet primordial est d’être heureux le plus souvent possible comme dirait Matthieu Ricard (à ne pas confondre avec Paul)

 

Merci à Lauren Bàn pour ses réponses pleines de sincérité.

 

 

 « Dangerous » de Laurent Bàn

 

Dimanche dernier, nous avons eu l’opportunité de découvrir au cinéma Saint André des Arts le premier clip extrait de l’album « Prima » de Laurent Bàn, désormais disponible sur ce lien : https://youtu.be/XAHVN2qHtNs

 

Ce clip est un véritable tour de force pour l’artiste : réunir plusieurs de ses partenaires du spectacle musical « Priscilla folle du Désert » (David Alexis, Jimmy Bourcereau, les Divas), des amis artistes (Sorel), filmer en 5 lieux différents de Paris en Espagne, à l’aide de drones ou via le magnifique prisme des maquillages de Carmen Arbues Miro en intégrant des chorégraphies incroyables…

 

Nul doute : Laurent Bàn a des choses à dire, à montrer et il n’est pas près de s’arrêter ! 

 

https://www.facebook.com/LaurentBanOfficial/

Article : Audrey

MAJ : 20/11/2018

audrey@laruedubac.fr