"Priscilla, Folle du désert"

 

Depuis le 25 février, le bus de "Priscilla, folle du désert" a envahi le Casino de Paris. Pour l'occasion, la salle s'est métamorphosée en véritable discothèque géante à coups de boules à facettes, musique disco en fond, boas et paillettes. Ainsi, le spectateur est immédiatement mis dans l'ambiance déjantée de ce show unique dès son arrivée dans la salle.

 

Transposer sur scène le road movie australien de Stephan Elliott n'était pas chose aisée. Rappelons tout d’abord un peu l'histoire : Dick (Laurent Bàn), plus connu sous son nom de Drag Queen Miss Mitzy, lassé de jouer au Queen’s Club de Sidney, reçoit un appel de Marion, sa femme, qui lui propose de venir jouer sa revue dans son casino à Alice Springs afin de rencontrer son fils. Il décide donc de prendre 4 semaines de congé et part en embarquant avec lui Bernadette (David Alexis), ancienne reine des nuits australiennes avec le groupe les Girls, et Felicia (Jimmy Bourcereau), jeune, loufoque et ambitieuse. Ensemble, ils vont parcourir l’Australie et apprendre à se comprendre au fur et à mesure des diverses aventures qui se mettront sur leur passage. Amour, amitié, découverte de soi-même, acceptation de l’autre, voilà les valeurs développées dans ce spectacle.

 

La mise en scène de Philippe Hersen (qui avait déjà adapté « Flashdance » au Théâtre du Gymnase) est une véritable réussite. Sans temps mort, utilisant quelques projections mais aussi de véritables décors (pour figurer par exemple les loges du Queen’s Club ou un bar), on en prend plein les yeux. L’espace scénique est utilisé avec inventivité. On notera la technique complexe et sophistiquée du bus robotisé, qui devient presque un personnage de l’histoire. On joue sur l’illusion de voir les acteurs avancer réellement et nous faire traverser avec eux l’Australie. Impressionnantes également, les divas suspendues en l’air, notamment pour le premier tableau, comme des déesses qui observeraient avec bienveillance le voyage de nos trois compères. Le tout est agrémenté des chorégraphies exceptionnelles de Jaclyn Spencer interprétées aussi bien par les danseurs de l’équipe que par les comédiens chanteurs, ce qui est plutôt rare vu le niveau technique de celles-ci.

 

Les amateurs de comédies musicales seront ravis du casting de rêve réuni pour ce spectacle. Bien connu pour ses différentes prestations dans « Zorro, le musical », « Notre-Dame de Paris », « Hair », « Aladin, faites un voeu ! », « Mozart, l’Opéra rock » ou encore « Mistinguett », Laurent Bàn, artiste multi-cartes, a le talent de pouvoir passer d’un rôle à l’autre avec une facilité incroyable, ajoutant à chaque fois une nouvelle corde à son arc. Le personnage de Dick lui convient à ravir, entre force et fragilité, toujours avec humour et aussi à l’aise sur des talons hauts que sur ses parties jouées ou chantées. Mention spéciale pour la belle émotion du titre « Always on my mind » qui nous a particulièrement touchés. David Alexis, que nous avions apprécié dans « Le Bal des vampires » et plus récemment dans « Oliver Twist » (https://archiveslaruedubac.wordpress.com/2017/01/15/569/), nous présente une Bernadette à la fois cynique, blasée et pourtant prête à s’ouvrir à l’amour. On notera notamment un grand écart des plus inattendus effectué avec grâce et sa posture parfaite. Certaines de ses répliques font partie des plus drôles du spectacle. Jimmy Bourcereau correspond bien à son personnage, dans son côté extraverti et dénué de tabous. Les divas, interprétées ce soir-là par Anna Ka, Stacey King et Amalya Delepierre, apportent joie de vivre et moments plus tendres comme le magique « True Colors » interprété a capella en totale harmonie. Un petit mot sur l’excellente Alice Lyn dans le rôle de Cynthia qui joue un des tableaux les plus sympathiques du spectacle sur « Pop Muzik » de M par sa frivolité, sa légèreté et son attitude sexy.

 

Le spectacle est rythmé par les plus grands tubes du disco : « I say a little prayer for you » d’Aretha Franklin », « Like a Virgin » de Madonna, « Can’t get you over my head » de Kylie Minogue, « Go West » des Village People, « I will survive » de Gloria Gaynor, « It’s Raining men » des Weather Girls ou encore « Girls Just Want To have Fun » de Cindy Lauper… C’est festif, le public participe et en redemande, allant jusqu’à danser pendant l’entracte sur les musiques d’ambiance. On chante, on danse, on rit. C’est un véritable « Feel Good » spectacle !

 

Parlons également des costumes. Ils se devaient d’être extravagants et complètement décadents. L’effet est parfaitement réussi. Au fil du spectacle, vous découvrirez pas moins de 300 costumes différents et de 200 perruques ! Tout cela est haut en couleurs et totalement burlesque : de la robe en tongs à celle en forme de dé, en passant par les perruques fleuries des trois personnages principaux, c’est un véritable festival pour le public qui n’en perd pas une miette ! On est dans la démesure et cela fait du bien.

 

« Priscilla, Folle du désert » est un spectacle déjanté, rythmé, inventif, créatif. En plus de la bonne humeur communicative qu’il dégage, il fait également passer un message de tolérance et de liberté. Et si, derrière ces personnages, se cachait une part de nous-mêmes ? S’accepter tel que l’on est, aimer les autres sans les juger, vivre sa vie comme si chaque jour était le dernier, aller au bout de ses rêves… Les problématiques du film de 1995 semblent toujours aussi actuelles, vingt ans après. Alors, n’hésitez pas, courez voir « Priscilla, Folle du désert », ne le manquez surtout pas car c’est de loin un des meilleurs spectacles musicaux de ces dernières années.

 

Jusqu’au 6 mai 2017

Du mercredi au dimanche

au Casino de Paris

16 rue de Clichy

75009 Paris

http://www.priscilla-lacomediemusicale.fr

Prix des places : 24,90€ à 69,90€

 

Article : Audrey

12/03/2017

audrey@laruedubac.fr