Ich bin Charlotte

 

 

Théâtre, Paris, Ich bin Charlotte

Après un succès retentissant au Festival d’Avignon et l’obtention par son auteur Doug Wright (adaptation Marianne Groves) du Prix Pulitzer du texte dramatique, « Ich bin Charlotte » s’est installé à Paris. Venez découvrir l’histoire vraie de Lothar Berfelde, devenue Charlotte von Mahlsdorf, personnalité transgenre qui a traversé le régime Nazi et communiste en Allemagne, a soutenu les réprouvés et a fondé le Gründerzeit Museum à Berlin. Ici, elle est interprétée au Théâtre de Poche Montparnasse par Thierry Lopez dans un seul en scène impressionnant.

 

Le Théâtre de Poche portant bien son nom, on pénètre dans une salle au sous-sol, on s’installe sur les bancs rouges. Face à nous, le plateau a été agrémenté de vieux phonogrammes, d’un ancien vaisselier, d’une table en bois. C’est comme si on pénétrait dans un musée. La scène démarre et arrive Thierry Lopez, affublé d’une sobre robe noire (sous laquelle se cachent des bas résilles), pas de perruque, une barbe naissante. Le décor est planté.

 

Pendant 1h10, l’acteur va nous faire entrer dans l’univers de cette créature incroyable qu’était Charlotte von Mahlsdorf. Pas besoin de jouer à la femme, il interprète cette personnalité hors du commun en lui donnant vie : par les gestes, la mesure, la démesure, le phrasé, le regard… On découvre une personnalité hors norme qui nous fascine par sa complexité. Tout au long du spectacle, Thierry Lopez incarne pas moins de 30 personnages dont Doug Wright ou des journalistes. Un véritable tour de force pour l’acteur qui passera par une palette d’émotions impressionnante en un temps record et sans temps mort. Pour cela, pas besoin d’artifice, seul compte le jeu du comédien.

 

La narration ne se fait pas de façon linéaire. On découvre l’enfance de Charlotte, ce qui l’a décidée à s’accepter telle qu’elle est, ses blessures psychologiques dues à un père violent, ses déboires avec la Stasie. C’est tout une période qui nous est rapportée. Tantôt élevée au rang de symbole d’une époque autoritaire et violente où peu s’en sortaient, tantôt bafouée  lorsqu’on a voulu lui reprendre la médaille de la croix fédérale qu’elle avait obtenue en 1992.

 

A la manière des meubles qu’elle a conservés, Charlotte est un personnage qui a traversé le temps, subissant des épreuves, ce qui a provoqué parfois des rayures dans sa vie, amenuisant son éclat. Le passage où Charlotte parle de la restauration de ses acquisitions est poignant car il agit comme une métaphore de ce qu’elle ressent intérieurement.

 

La mise en scène de Steve Suissa met en valeur à la fois l'acteur, l'histoire et le thème. L'occupation de l'espace scénique avec des moments joyeux de danse, des passages plus sombres, des jeux avec les décors ou les lumières, permettent au spectateur d'entrer encore plus dans le récit.  

 

Si la pièce a connu une certaine renommée dans plus de dix pays, cela n’est pas un hasard. En effet, outre la question de l’identité, elle évoque l’importance de s’accepter tel que l’on est, « la revendication d’une différence » comme dirait l’acteur. A l’heure où le conformisme est de plus en plus de mise, où l’on oublie ce qui fait notre singularité, revenir sur des personnalités comme Charlotte nous aide à voir les choses autrement et se dire que c’est le fait de cultiver nos différences qui peut nous rendre heureux.

 

« Ich bin Charlotte » est un spectacle intelligent, authentique, sincère, émouvant, servi par un comédien brillant. Une belle découverte.

 

Jusqu’au 15.11.2018

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Au Théâtre de Poche Montparnasse, 75 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/project/ich-bin-charlotte/

Tarif plein : de 12€ à 26€

Durée : 1h10

 

Article : Audrey

10/10/2018

audrey@laruedubac.fr